samedi 11 janvier 2014

LE FAUTEUIL DIVIN


1) LE PASSAGE

Un magicien et un petit enfant marchent main dans la main, les yeux rivés au ciel.

Le Magicien : L’aigle, au gré des vents, prend de l’altitude, puis redescend. Le ciel, vide de toutes autres présences, semble lui appartenir. Il effectue de grandes rotations, et elles semblent, vues du sol, être perpétuelle. Comme si, dans son élément, il n’était que la lettre « o » d’un des alphabets existants. Et pourtant, jeune enfant, tu ne le sais pas encore, mais il agit ainsi, parce qu’il ne me quitte pas des yeux. Il n’attend qu’un signe de ma part, pour venir me rejoindre.

Le magicien s’arrête, et demande à l’enfant. : As-tu déjà vu un aigle ?

Le petit enfant ne trouve pas de mots, mais il fait signe de la tête que peut-être que oui, peut-être que non. Il ne le sait plus lui-même. Il ne se rend absolument pas compte, qu’il est incapable de prononcer le moindre mot, et que le langage, qui était le sien autrefois, n’est pas adapté au monde, dans lequel il se situe.

C’est alors que le magicien lève le bras au ciel, et qu’au même moment, l’aigle effectue un piquet dans sa direction. L’enfant, malgré les sensations que cela lui procure, serre très fort la main du magicien, comme s’il se retenait de ne pas courir. Car l’aigle fonce sur eux, et rien ne semble le ralentir.

Le visage souriant du magicien se tourne vers l’enfant, et lui dit : N’ait pas peur, et surtout ne ferme pas les yeux. La beauté majestueuse ne doit pas t’impressionner ; tu dois au contraire t’en imprégner.

L’aigle se rapproche d’eux, à la vitesse de l’éclair, et à quelques mètres de distances, face à eux, il déploie son corps et ses ailes verticalement pour freiner sa course et se poser ainsi, avec la plus grande des douceurs, sur le bras, que lui tend le magicien.

Le magicien : Qu’en penses-tu ?

Mais l’enfant ne peux lui répondre, tant il est admiratif et impressionné par cet oiseau. Et ce n’est que dans le regard de l’enfant, que le magicien trouve réponse à sa question.

Le magicien : Cet aigle, vois-tu, a entièrement confiance en moi. Il sait que de ma personne, il n’a rien à craindre.

Et l’aigle, à ses mots, se positionne sur l’épaule du magicien.

Le magicien : Maintenant, nous devons nous rendre là où ta présence est indispensable.

Le magicien tourne son visage, vers une maison située au bout du chemin, qu’ils parcourent ensemble. Par ce geste, il lui indique l’imminence de leurs arrivés à destination. Le petit garçon n’est pas effrayé, mais il trouve bien sombre les murs de cette maison. Il faut dire que le ciel, si bleu et dépourvu de nuage, semble n’avoir aucun concurrent, digne de surpasser un tel éclat.

Un instant, l’enfant stoppe sa marche. Il vient juste de songer qu’il préférerait rejoindre la pureté du ciel, plutôt que de traverser l’obscurité de cette maison. L’enfant tourne son visage vers le magicien, et prend conscience que le bleu des yeux de celui-ci est aussi bleu que la clarté du ciel. L’enfant s’en imprègne, et fait fi de son hésitation.

C’est, dès lors, avec une plus grande assurance, et un brin de tendresse affective, qu’il serre, à présent, la main du magicien.

Tous trois sont à présent au seuil de la maison. Sur la porte au bois sombre, une pyramide en verre, d’une couleur bleu azur comme le ciel, est disposée vers le haut. Le magicien y appose sa main, et les trois personnages se retrouvent, comme par magie, de l’autre côté de celle-ci, sans quelle se soit ouverte.

Face à eux, une immense salle se présente. L’enfant n’en revenait pas. Comment une telle salle pouvait tenir dans cette petite maison ! Intrigué, il se retourne, et là, à sa plus grande stupeur, il s’aperçoit que la porte, qu’ils ont franchi, ainsi que les murs, qui la borde, sont transparents. Tout cela est au-dessus de sa compréhension. Une fois encore, il se tourne vers le magicien, les yeux pleins d’étonnements. Par-delà le bleu de ses yeux scintillants, et le fait qu’il ne cesse d’être étonné, l’enfant éprouve une joie sans semblable, au travers de la présence du magicien. L’instant présent, qu’il vit, est si intense qu’il aimerait par-dessus tout que le magicien puisse lire dans son cœur, afin que celui-ci réceptionne tous les élans de gratitude et d’amour, qui étaient en train de le submerger. L’enfant n’a pas encore compris pourquoi il n’arrivait pas à s’exprimer, mais une conviction profonde lui assurait que les mots étaient devenus inutiles.

L’enfant caressa, avec sa joue, la main du magicien. Il le regardait comme pour lui dire « Je suis prêt, nous pouvons continuer ». Bien évidemment, le magicien savait cela, puisqu’il lisait dans le cœur des gens. Mais cela, l’enfant ne le savait pas encore.

Tous trois traversèrent la pièce, et au bout de celle-ci, ils s’arrêtèrent face à d’immenses escaliers, qui s’emblaient s’enfoncer vers les profondeurs de la Terre. Simultanément, l’enfant et le magicien posèrent leurs pieds gauches, sur la première marche.

Derrière eux, la maison disparaît. Au dehors, elle n’est plus. Un champ de blé la remplace. Ni l’un, ni l’autre n’éprouve le besoin de se retourner. La claire lumière les attire indéniablement en un lieu qui ne saurait aspirer à prendre le temps de se retourner pour de futiles détails. La claire lumière est au-dessus de toutes aspirations, au-delà des bornes de l’imagination. Sans le savoir, l’enfant rejoint le lieu de sa demeure originelle. Sa seule certitude réside dans le fait qu’il connaît la claire lumière depuis l’aube des temps, et qu’elle n’est qu’un passage obligatoire, qui lui signifie, qu’une forme de vie s’est achevée, et que, peut-être, un nouveau monde, une nouvelle forme d’existence l’attend à présent. Pas après pas, les torches, posées contre le mur, n’ont plus aucune source d’utilité, tant la luminosité, qui émane de la porte, située en bas des escaliers, est intense.

Brillante comme un soleil, et douce comme une aura qui vous enveloppe, l’enfant sait que, face à lui, se trouve la claire lumière, et qu’il doit la traverser. Il commence à mieux comprendre, mais il n’arrive pas à dissiper le flou qui règne encore en son esprit. Il n’est certain que d’une chose : Il connaît cette claire lumière depuis toujours. Il sait qu’elle lui permet de ne pas être affecté par les joies et les peines, par le courage ou la peur. Il sait que c’est vers elle qu’il doit aller de l’avant, même s’il ne sait pas pourquoi cela est ainsi. Tout se mélange en son esprit où plutôt les pensées de son esprit sont semblables à un courant qu’il n’arrive pas à retenir. Oui, son esprit est semblable à un torrent qui s’élance. Il perçoit des images claires de l’environnement, qu’il fréquentait autrefois. Ses visions sont tantôt lentes, tantôt rapides, tantôt frôlent le sol, tantôt si hautes dans les airs. Son regard s’envole, transperce le ciel, rejoint l’univers... Un grand flash, et puis plus rien...

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