Tigre
Je
t’ai recueilli tout petit, alors que d’autres t’avaient abandonné.
Je
savais d’avance que je ne pouvais te garder.
J’attendais
ma petite “Megumi” le mois suivant.
Le
drame d’un coeur, d’une bonté enfantine, qui n’a pas les moyens de s’exprimer.
La
misère d’un homme qui n’a même pas de pelle pour t’enterrer.
La
pauvreté d’une vie où seule ma mémoire te matérialise. Un simple appareil
photo, nous aurait enlevé plusieurs repas dans le mois. Et de cela, je ne
pouvais me le permettre, tu n’aurais pas compris la nécessité d’un tel achat.
Fraîches sont ma peine et ma tristesse. Maladives douleurs parcourant mon moi
interne et externe qui n’ont d’autres expressions que le mutisme, le
renfermement d’une faiblesse que l’on ne veut pas dévoiler.
Une
nuit a passé, j’avais les yeux fermés mais l’esprit tourmenté. Tous ces souvenirs
muets de nos relations signalitiques. De ce sourire sur mes lèvres, à tes
caresses si émouvantes. De ce besoin mutuel d’être ensemble, de cette envie de
me suivre partout, t’ont coûté la vie et m’ont fait perdre un compagnon d’une
intelligence, qui m’a plus d’une fois surpris.
Combien,
de fois tu m’as suivi?
Ces
jours où tu prenais une fessée, où je ne voulais plus que tu m’approches. Je
pouvais lire dans tes yeux, cette expression qui en disait plus long sur ton
désir d’être pardonné. De cette expression plus forte que les paroles elles
même, au dessus de l’auditif vacarme d’une bombe, en laquelle je pouvais lire
“Je suis désolé, pardonne moi”.
Tu
étais plus proche que nul, ici, ne l’a jamais été. Tu possédais cette
formidable connaissance de percevoir ma peine avant qu’elle ne s’éveille. Tu
agissais envers moi comme si nous étions mariés. Tu te refusais de manger, tant
que je n’étais pas rentré du travail.
Combien
de fois je t’ai sermonné pour cela?
Que
dire de ta volonté? Lorsque cette maudite voiture t’as roulé dessus, l’instant
qui a suivi, tu as couru vers moi. Tu t’es contorsionné, a vomi et gémi,
gémi...
J’ai
voulu t’étrangler pour empêcher tes souffrances inutiles, et tu t’es raidi,
comme mort, comme si tu connaissais mon intention. Je t’ai pris dans mes bras,
j’ai interpellé plusieurs personnes pour savoir où je pourrais trouver un
vétérinaire. Tous m’ont dit que tu étais mort, je me le refusais et j’avais
raison. Après avoir marché une centaine de mètres, j’ai rebroussé chemin vers
la maison. As-tu parlé à mon âme, pour que je comprenne ton dernier souhait. Tu
voulais revoir “Mégumi”. Tu y est arrivé, et tu es mort, à la maison, dans mes
bras. C’est quand ton sang a coulé sur moi que j’ai compris, que tu nous avais
quitté, et que tu n’étais pas mort avant. Je t’admire... Je ne peux écrire avec
mes larmes... Un si petit être, une si grande force.
Il
m’arrive d’entendre ton miaulement, m’appelles-tu de là haut?
Ah!
Ces bêtes, ses bêtes,... C’est bête la vie!
Note : Ecrit, il y a une vingtaine d'années, en un seul jet.