COURT MÉTRAGE D’UNE GUERRE
Dernier souffle avant la mort
Je me souviens, de ce temps, où le mot “démocratie” signifiait la
paix.
Je me souviens, de ce temps, où nous vivions en paix.
Je me souviens, de ce jour, où la démocratie m’avait conduit à la
guerre.
Le facteur des factures, ce jour, m’avait glissé une fracture.
Fracture civile, où tout ce que l’on a bâti, au cours de sa vie,
doit être laisser à l’abandon.
Femme, enfant, maison, voiture, rien de tout cela n’a de valeur,
lorsque l’homme doit être sous le drapeau.
En temps de guerre, l’homme doit défendre sa patrie,
disaient-ils...
En temps de paix, la patrie ne m’a jamais aidé, ai-je répondu...
Pour avoir oser dire la vérité, j’ai connu les crosses militaires,
les insultes, l’humiliation, la prison, avant même d’affronter l’ennemi de la
patrie.
Pendant ces mois de tortures physiques et mentales, j’ai connu la
dictature de la démocratie.
“Nous avons le droit de vote, nous avons le droit de voter pour l’arrêt
de cette guerre.
Nous avons le droit...”
D’avoir la mâchoire cassé, de subir les humiliations, d’être
enfermer en prison.
Les injures, ils n’en avaient plus en stock, ils me les avaient
toutes dites, et s’étaient lassés.
Combien de temps ai-je crié?
“Ni ma religion, ni la démocratie, dans laquelle je vivais,
autrefois, ne m’autorisaient à tuer.
Alors, pourquoi, aujourd’hui, devrais-je renoncer, à toutes les
valeurs que l’on m’a apprises?
Vous avez perdu le sens de la diplomatie, vous n’êtes plus des démocrates!
La démocratie, que vous représentez, est une parure de la
dictature!
Combien de temps ai-je crié?
En fait, je devrais dire : quant en ont-ils eu assez de m’entendre
crié?
C’était ce jour ou cette nuit d’ailleurs, car là où ils m’avaient
enfermé,
il n’y avait, ni trace du jour, ni trace de la nuit.
Seulement des murs, et des tortures physiques et mentales.
L’humiliation, elle aussi, avait ses limites.
Passez le cap de l’insupportable, l’esprit perd le sens du
supportable.
Passé ce seuil, il peut tout endurer, car il ne se rend même pas
compte qu’il endure.
Ce jour, donc, livré à eux même, face à leurs échecs successifs...
Ce jour... Ils m’ont sectionné les cordes vocales...
Plus de cordes vocales, plus de cris de ma part.
Il ne me restait plus que l’écho du silence.
Et c’est dans cet état qu’ils m’ont envoyé au front.
Ils m’y ont amené, de la même façon, que s’ils m’avaient jeté nu,
dans la cage d’un lion.
Je suis parti, pour la guerre, les mains dans les poches.
Je suis arrivé au front, avec rien d’autre, dans les mains.
Sorti de prison, j’étais devenu insensible, aux insultes, aux
humiliations, aux coups,
car l’amour que j’éprouvais, pour toi, n’avait cessé de croître.
Alors qu’ils me croyaient légume, j’ai réussi à leurs voler un
stylo et du papier.
Je ne sais, si un jour, tu auras cette lettre dans tes mains, mais
si c’est le cas, sache que je n’ai jamais cessé de t’aimer.
Et si Dieu nous permet de nous revoir...
Prends bien soin de notre fils.