1)
LE PASSAGE
Un
magicien et un petit enfant marchent main dans la main, les yeux
rivés au ciel.
Le
Magicien : L’aigle,
au gré des vents, prend de l’altitude, puis redescend. Le ciel,
vide de toutes autres présences, semble lui appartenir. Il effectue
de grandes rotations, et elles semblent, vues du sol, être
perpétuelle. Comme si, dans son élément, il n’était que la
lettre « o » d’un des alphabets existants. Et pourtant,
jeune enfant, tu ne le sais pas encore, mais il agit ainsi, parce
qu’il ne me quitte pas des yeux. Il n’attend qu’un signe de ma
part, pour venir me rejoindre.
Le
magicien s’arrête, et demande à l’enfant. : As-tu déjà vu un
aigle ?
Le
petit enfant ne trouve pas de mots, mais il fait signe de la tête
que peut-être que oui, peut-être que non. Il ne le sait plus
lui-même. Il ne se rend absolument pas compte, qu’il est incapable
de prononcer le moindre mot, et que le langage, qui était le sien
autrefois, n’est pas adapté au monde, dans lequel il se situe.
C’est
alors que le magicien lève le bras au ciel, et qu’au même moment,
l’aigle effectue un piquet dans sa direction. L’enfant, malgré
les sensations que cela lui procure, serre très fort la main du
magicien, comme s’il se retenait de ne pas courir. Car l’aigle
fonce sur eux, et rien ne semble le ralentir.
Le
visage souriant du magicien se tourne vers l’enfant, et lui dit :
N’ait pas peur, et surtout ne ferme pas les yeux. La beauté
majestueuse ne doit pas t’impressionner ; tu dois au contraire t’en
imprégner.
L’aigle
se rapproche d’eux, à la vitesse de l’éclair, et à quelques
mètres de distances, face à eux, il déploie son corps et ses ailes
verticalement pour freiner sa course et se poser ainsi, avec la plus
grande des douceurs, sur le bras, que lui tend le magicien.
Le
magicien :
Qu’en penses-tu ?
Mais
l’enfant ne peux lui répondre, tant il est admiratif et
impressionné par cet oiseau. Et ce n’est que dans le regard de
l’enfant, que le magicien trouve réponse à sa question.
Le
magicien :
Cet aigle, vois-tu, a entièrement confiance en moi. Il sait que de
ma personne, il n’a rien à craindre.
Et
l’aigle, à ses mots, se positionne sur l’épaule du magicien.
Le
magicien :
Maintenant, nous devons nous rendre là où ta présence est
indispensable.
Le
magicien tourne son visage, vers une maison située au bout du
chemin, qu’ils parcourent ensemble. Par ce geste, il lui indique
l’imminence de leurs arrivés à destination. Le petit garçon
n’est pas effrayé, mais il trouve bien sombre les murs de cette
maison. Il faut dire que le ciel, si bleu et dépourvu de nuage,
semble n’avoir aucun concurrent, digne de surpasser un tel éclat.
Un
instant, l’enfant stoppe sa marche. Il vient juste de songer qu’il
préférerait rejoindre la pureté du ciel, plutôt que de traverser
l’obscurité de cette maison. L’enfant tourne son visage vers le
magicien, et prend conscience que le bleu des yeux de celui-ci est
aussi bleu que la clarté du ciel. L’enfant s’en imprègne, et
fait fi de son hésitation.
C’est,
dès lors, avec une plus grande assurance, et un brin de tendresse
affective, qu’il serre, à présent, la main du magicien.
Tous
trois sont à présent au seuil de la maison. Sur la porte au bois
sombre, une pyramide en verre, d’une couleur bleu azur comme le
ciel, est disposée vers le haut. Le magicien y appose sa main, et
les trois personnages se retrouvent, comme par magie, de l’autre
côté de celle-ci, sans quelle se soit ouverte.
Face
à eux, une immense salle se présente. L’enfant n’en revenait
pas. Comment une telle salle pouvait tenir dans cette petite maison !
Intrigué, il se retourne, et là, à sa plus grande stupeur, il
s’aperçoit que la porte, qu’ils ont franchi, ainsi que les murs,
qui la borde, sont transparents. Tout cela est au-dessus de sa
compréhension. Une fois encore, il se tourne vers le magicien, les
yeux pleins d’étonnements. Par-delà le bleu de ses yeux
scintillants, et le fait qu’il ne cesse d’être étonné,
l’enfant éprouve une joie sans semblable, au travers de la
présence du magicien. L’instant présent, qu’il vit, est si
intense qu’il aimerait par-dessus tout que le magicien puisse lire
dans son cœur, afin que celui-ci réceptionne tous les élans de
gratitude et d’amour, qui étaient en train de le submerger.
L’enfant n’a pas encore compris pourquoi il n’arrivait pas à
s’exprimer, mais une conviction profonde lui assurait que les mots
étaient devenus inutiles.
L’enfant
caressa, avec sa joue, la main du magicien. Il le regardait comme
pour lui dire « Je suis prêt, nous pouvons continuer ».
Bien évidemment, le magicien savait cela, puisqu’il lisait dans le
cœur des gens. Mais cela, l’enfant ne le savait pas encore.
Tous
trois traversèrent la pièce, et au bout de celle-ci, ils
s’arrêtèrent face à d’immenses escaliers, qui s’emblaient
s’enfoncer vers les profondeurs de la Terre. Simultanément,
l’enfant et le magicien posèrent leurs pieds gauches, sur la
première marche.
Derrière
eux, la maison disparaît. Au dehors, elle n’est plus. Un champ de
blé la remplace. Ni l’un, ni l’autre n’éprouve le besoin de
se retourner. La claire lumière les attire indéniablement en un
lieu qui ne saurait aspirer à prendre le temps de se retourner pour
de futiles détails. La claire lumière est au-dessus de toutes
aspirations, au-delà des bornes de l’imagination. Sans le savoir,
l’enfant rejoint le lieu de sa demeure originelle. Sa seule
certitude réside dans le fait qu’il connaît la claire lumière
depuis l’aube des temps, et qu’elle n’est qu’un passage
obligatoire, qui lui signifie, qu’une forme de vie s’est achevée,
et que, peut-être, un nouveau monde, une nouvelle forme d’existence
l’attend à présent. Pas après pas, les torches, posées contre
le mur, n’ont plus aucune source d’utilité, tant la luminosité,
qui émane de la porte, située en bas des escaliers, est intense.
Brillante
comme un soleil, et douce comme une aura qui vous enveloppe, l’enfant
sait que, face à lui, se trouve la claire lumière, et qu’il doit
la traverser. Il commence à mieux comprendre, mais il n’arrive pas
à dissiper le flou qui règne encore en son esprit. Il n’est
certain que d’une chose : Il connaît cette claire lumière depuis
toujours. Il sait qu’elle lui permet de ne pas être affecté par
les joies et les peines, par le courage ou la peur. Il sait que c’est
vers elle qu’il doit aller de l’avant, même s’il ne sait pas
pourquoi cela est ainsi. Tout se mélange en son esprit où plutôt
les pensées de son esprit sont semblables à un courant qu’il
n’arrive pas à retenir. Oui, son esprit est semblable à un
torrent qui s’élance. Il perçoit des images claires de
l’environnement, qu’il fréquentait autrefois. Ses visions sont
tantôt lentes, tantôt rapides, tantôt frôlent le sol, tantôt si
hautes dans les airs. Son regard s’envole, transperce le ciel,
rejoint l’univers... Un grand flash, et puis plus rien...