samedi 30 mai 2015

LE MAUVAIS CHOIX

NOTE : Toute personne écrivant une situation doit être capable d'écrire son exact contraire. Ce texte reflète donc la personne qui a fait le mauvais choix. Le prochain texte sera celle qui a fait le bon choix. Bonne lecture.

LE MAUVAIX CHOIX

Je m’étais senti protégée parce que j’avais une situation privilégiée.

J’étais responsable « Qualité » auprès de ma banque. Seule entreprise au monde, où le client n’est pas roi, mais bel et bien sujet. Quand ce n’est pas esclave de notre pouvoir infini! 
Je savais pertinemment que mon espace professionnel était un monde de requins, mais mes revenus était tels qu’ils m’ont aveuglé, et ne m'ont pas permis de comprendre, que le meilleur des prédateurs se fait également chasser un jour ou l’autre, soit par négligence, soit par prétention d’invulnérabilité...

Les lapins ne chassent pas, mais peuvent facilement amener les chasseurs dans des sentiers escarpés !

Notre uniforme vestimentaire n’est pas réglementé, mais les chaussettes blanches sont interdites, parce qu’il est proscrit de montrer patte blanche.

Après la crise des subprimes, que nous avons volontairement crée, nous avons offert nos dettes colossales à ces petits peuples, que l’on méprise tant. 
Sans nul doute, après ce hold-up  mondial, nous nous sommes crus tout permis.

Les gens ne pouvaient se venger de nous car le mot banque leur est abstrait, et ne représente finalement personne. De plus, ces pigeons avaient encore quelques économies chez nous, et cela a été bien suffisant, pour qu’ils aient la volonté de ne pas nous voir faire faillite.

Depuis ce grand moment, nous ne nous sommes plus sentis pété ! Invulnérables et intouchables, voilà ce que nous avons cru être comme étant la vérité éternelle, de notre position sociale !

Nous sommes ceux qui reçoivent le plus grand nombre d’insultes et de menaces, et l’on s’en est toujours contrecarré. 
En première ligne, de toutes les façons, notre personnel n'en est pas à devenir indispensable!

Notre esclave… Pardon, notre client dit ou écrit un mot plus haut que l’autre, et zoup, un appel à la police, un clin d’œil au juge, et bang, une incarcération préventive et la première page dans les journaux. Le peuple avait été prévenu : Pas touche aux banquiers ! 

Nous n’avons rien de respectable, pas une once d’humanité en nous, mais nous avons pris le pouvoir sur les êtres humains, et cela nous abstient de toute réflexion sur ce que nous sommes.
N’oubliez jamais que c’est grâce à nous qu’Hitler a réalisé ses plus basses besognes, et que nous n’en avons jamais été inquiétés !

Parmi toutes les menaces, que nous recevons, il y a eu un jour, un homme, qui avait une haine absolue de notre enseigne, du directeur de l’agence et de son personnel. Il faut dire que l’on n’avait pas respecté la loi, et que l’on l’avait mis dans une telle merdre financière, qu’il en avait perdu son équilibre psychologique, et ce jusqu’à en perdre son travail, alors qu’un grand avenir lui était destiné.

On en avait rien à foutre de sa gueule ! Comme tous les autres bougres de clients, ce n’était qu’un esclave de plus dans notre système. Une petite merde comme une autre, quoi… 
Mais cette fois là, nous avons commis une grave erreur, car cet homme n’était pas un simple plouc.

Lorsque qu’à cause de nous, il s’était retrouvé dans la rue, il n’avait pas fait que découvrir un monde impitoyable… Il avait appris à le maîtriser et à devenir une figure emblématique. 
Tellement de personnes lui étaient redevables d’avoir était présent, là où tous les autres les avaient abandonné...

Nous avons fait de cet homme un monstre, sans nous douter une seule seconde qu’il réussirait à se surpasser, et à nous démontrer plus tard qu’il allait parfaitement nous rendre la monnaie de notre pièce.

Nous avons négligé l’impact du désordre psychologique, dans lequel nous l’avons contraint à vivre. 
A tort, nous avons pensé qu’il était comme les autres : un petit homme fait pour vivre et mourir en tant que tel…

Nous avons été trop loin avec lui, assurément. Alors qu’il nous remboursait ses dettes, et donc qu’il respectait ses engagements, nous nous sommes permis de mettre son compte à découvert, sans l’en informer au préalable. 
C’est à ce moment précis, alors que la vie lui avait donné une seconde chance,  qu’il a perdu son sang froid, et a décidé de se venger; conscient qu’il allait mettre son devenir à tout jamais en fin de non recevoir.

Je n’ai jamais su, si c’est en prison qu’il a réussi à organiser tout cela ou s’il avait préparé son plan diabolique, juste avant que nous le fassions incarcérer, pour une période de quatre années, pour menace de mort. 
Nous n’avons même pas réussi à prouver qu’il était le commanditaire de ce jour noir, maudit...
Et ce même si, pour nous, cela ne faisait aucun doute.

Qui d’autre aurait pu agir avec autant de perfection ?

Nous avons fait l’erreur de croire que son niveau scolaire reflétait ce qu’il était devenu, au cours de toutes ces années qui s’en étaient ensuivies. 
Il était devenu un être libre grâce au savoir, et un homme reconnu pour sa bonté profonde. 
Une personne capable d’anticiper, de prévoir, et d’agir en conséquence, et ce avec une précision qui ferait pâlir le plus fin des stratèges. 
Lorsque nous l’avons mis au pas de notre pouvoir, nous avons, à tort, pensé, que nous l’avions soumis comme les autres, grâce à notre écrasant pouvoir. 

C’est à cet instant là, si l’on peut dire, que nous nous sommes suicidés…

A cause de nous, il a perdu tous ses liens avec sa famille, et nous l’avons sciemment laissé dans un champ de ruine. 
Nous tuer pour ce que nous lui avions fait subir n’avait aucun intérêt. 
La seule chose qui lui importait était de nous faire comprendre les conséquences de nos actes inhumains, en les vivant nous même. 
Aucun d’entre nous n’a compris le sens de la rue qu’il avait mentionné sur son courrier. 
Pas un seul d’entre nous n’a eu l’objectivité de comprendre que l’adresse qu’il avait mentionné était le destin funèbre qui nous attendait tous !

Au cours de toutes ces années, il n’avait pas fait qu’enregistrer le nom des personnes avec qui il avait eu affaire. 
Il s’était renseigné sur eux, sur ce qu’ils aimaient, sur les personnes qui leurs étaient les plus chères, et il les a fait disparaître de notre existence…

Aucune preuve qu’un crime a été commis, tant par lui que par des intermédiaires. 
Une seule chose est certaine : De la même manière que nous avons fait disparaître de sa vie, les personnes qu’il aimait le plus; nous, ces anciens interlocuteurs sans cœur, nous avons perdu de vue les êtres, qui étaient le socle de notre existence même…

Pas une seule tombe pour aller pleurer une personne disparue. 
Juste un maigre espoir qu’ils soient encore en vie et bien traités. 
Pourvu qu'ils ne les traitent pas comme nous les avons regarder mourir en souriant.

C’est tout ce qu’il nous reste comme espoir en notre cœur…