Belle
pluie d’argile
Je suis en dessous
de toi, et je te regarde tomber, sur moi.
J’étais sur ton
sommet, argile.
Comme toi, je
subissais la tempête.
Tu surplombais
l’horizon, il y a de cela, seulement quelques instants...
Mais la puissance,
des vents, de la foudre, et ces bourrasques de pluies,
ont eu raison de
toi...de nous.
Les éléments
naturels t’ont retiré de ton socle, et nous sommes tombés en bas
de la cascade.
Ma chute, elle, a
été directe.
Plusieurs mètres de
chute libre n’ont pas suffit, à me retirer la vie.
Ils ont simplement
contribué à briser mon corps.
Tu n’as eu, dans
ta chute, guerre plus de chance.
Elle a été plus
courte, certes, mais tu t’es fracassé sur la roche,
et a perdu la moitié
de ton volume.
Malgré le choc dû
à ma chute, j’ai pus te voir étincelé, sous ce terrible impact,
et voir tes
particules se mélanger à l’eau de la cascade...
Puis tomber sur
moi...
Le démembrement de
ta composition a été si beau, qu’il a anesthésié mes
souffrances.
Comme tu es belle, belle pluie d’argile.
Comme tu es beau,
rocher d’argile.
Même si
l’écoulement de la cascade va t’amener à tomber, sur mon corps.
Comme il est beau de
savoir que l’on va mourir, d’ici peu.
De savoir que l’on
a pas peur,
de ne plus se rendre
compte de nos propres souffrances.
Mourir, avec pour
derniers instants, la vision d’un dernier bonheur, de ma vie
d’homme, sur cette terre.
Pourrais-tu exaucer
mon dernier voeu, rocher d’argile, en posant, avec moi, ta
signature, sur mon dernier poème... ?